Gift from a Virgo

Article publié pour la première fois le 04/09/2016. Modifié le 03/09/2019

En cette semaine anniversaire de la Queen B, je suis obligée de lui rendre hommage et de reconnaître que l’admiration que je lui porte a une part de narcissisme. En réalité, je ne suis pas une groupie de Beyoncé (parce que je ne sais pas en être une) mais j’ai un respect immense pour ce qu’elle est et ce qu’elle représente. Si j’admire le swag insolent de sa sœur Solange, l’impénitence de sa dauphine Rihanna c’est parce que j’aimerais, un jour, avoir leur culot et leur indépendance d’esprit ; le regard que je porte sur Beyoncé est, lui, en quelque sorte, plus adulte. Cette dernière est réconfortante car mature, discrète et persévérante mais surtout parce qu’elle sait s’imposer par son travail. Ses petites phrases sont à l’origine d’essais dans les médias et ses éternuements transforment les chansons en tubes. Et en plus, la guêpe est malicieuse et coquine. Cette figure de « feu sous la glace », cette union d’Oya et d’Oshun, évoque le parcours de tant de jeunes femmes noires ambitieuses vivant en Occident. Elle me renvoie, que je le veuille ou non, à une réflexion personnelle sur ma place dans la société.

Si Beyoncé est devenue une sorte de déesse tutélaire de l’afroféminisme c’est d’abord parce qu’elle nous enjaille et qu’on aime profiter de la vie car celles ou ceux qui ne bougent pas leur corps de haut en bas en entendant un de ses morceaux sont les mêmes qui assaisonnent leurs plats avec du piment d’Espelette. Oui, Beysus est une reine du divertissement mais elle est surtout une artiste qui envisage son art comme une science, une artiste qui est toujours restée gracieuse malgré les nombreuses attaques et les médisances. Et, c’est une femme noire icône de son domaine de prédilection, une superstar qui laissera à jamais sa trace dans l’histoire de la pop. Si nous ne pouvons ignorer qu’elle a profité du colorisme -merci à l’héritage créole et à la teinture « blond miel » du lace front– régnant dans la plupart (dans toutes ?) les cultures, il faut aussi reconnaître que sa carrière et ses ventes auraient été pharaoniques si elle avait été une (vraie) blonde aux yeux bleus originaire de Pennsylvanie avec un soi-disant talent d’écriture…

Aujourd’hui Beyoncé Giselle Knowles est un peu la sœur d’une génération de féministes noires qui a grandi en écoutant ses hymnes, souvent maladroits, à l’indépendance féminine. Depuis « No, no, no » avec les Destiny’s Child, elle a toujours revendiqué la capacité des femmes à prendre leur vie et leurs amours en main ; elle a, plus tard, tenter de mêler dans son album éponyme, un féminisme plus « intellectuel », ou du moins mieux accepté, -avec l’aide de Chimamanda Ngozi Adichie (qui ne se reconnaît pas dans le féminisme de la chanteuse) – et une ode pop à l’acception de soi. Parmi la génération de trentenaires noires qui, aujourd’hui, osent donner de la voix, nombreuses ont eu le même parcours de libération de la parole et du corps. En effet, pendant des années, nous avons laissé couver notre colère, nous avons fomenté des révoltes en silence tout en restant des petites filles modèles. Nous avons masqué nos identités afin de parvenir au sommet du  game. A présent, nous n’avons plus le temps de faire des concessions et n’hésitons pas à renvoyer nos détracteurs à leur médiocrité.

Les concerts de King Bey deviennent ainsi une sorte de baptême religieux (d’ailleurs, aujourd’hui de nombreuses chanteuses reprennent ses codes ou est-ce l’influence de la culture religieuse américaine ?). L’ambiance dans la foule est proche de celle d’une messe évangélique géante. Une atmosphère d’abord angoissante, puis grisante, ensuite vertigineuse et enfin réconfortante. On ressent une union des âmes, on a l’impression d’être là où personne ne nous jugerait car nous sommes nombreuses à partager ce que d’autres considèrent comme une aberration, un paradoxe qui nous retirerait de la liste des personnes woke et nous barrerait l’accès à la carte officielle du féminisme (blanc). Et cette ambiance d’épiphanie est encore plus palpable lorsqu’elle est partagée avec avec votre go sûre, votre reine Vierge perso : dans mon cas, la MVP des MVP… Dear O Light! Et ça c’est une longue histoire.

The amount of lemons I’ve been given by life… I could have become a lemon tree by now.

beyonce-lemons

Souvent, les personnes qui savent s’étonnent de ma résilience mais les chemins de croix peuvent aussi devenir des chemins de Damas. J’ignore si le coup de foudre est réservé à l’acception commune de l’amour mais ce fut un « parce que c’était elle » instantané ! J’ai immédiatement été impressionnée par ses paroles directes, sa maîtrise d’elle-même, son assurance et ses connaissances dans des domaines divers. J’étais ébahie  d’entendre une jeune femme congolaise de ma génération qui me ressemblait intellectuellement, qui me recevait comme j’étais (la famille MVP, vous êtes au-dessus !) et qui semblait avoir une aisance à prendre la vie comme elle vient. Je me suis accrochée à cette branche de salut tout en essayant de ne pas montrer ma stan attitude. Aujourd’hui, j’ai l’occasion de rendre hommage à cette personne qui a participé, malgré elle, à ma construction personnelle.

Cela faisait un moment que je souhaitais écrire quelque chose sur la nécessité et le pouvoir de la solidarité entre femmes noires et je ne prenais jamais le temps parce que… je suis moi. Et la relation construite avec cette autre fabuleuse Vierge m’a apporté une telle estime de moi que je ne saurais la transcrire. Si j’évoque l’impact fort que sa rencontre et sa fréquentation ont eu et continuent d’avoir sur moi c’est pour permettre de donner un aperçu de sa générosité, pour montrer qu’elle fait partie de ces êtres dont on chérit l’amitié et qu’on aimerait avoir auprès de soi en toutes circonstances. Mais je suis une galérienne des déclarations d’amour.  La meuf qui lève les yeux pour éviter que ses larmes ne coulent au cinéma, c’est moi ; celle qui est gênée par les démonstrations publiques d’affection, toujours oim.  Mais je suis aussi de ceux et celles qui connaissent cette piqûre lancinante qu’on ressent quand on regrette de ne pas avoir professé son amour à celles et ceux qui étaient là. Et comme j’ai une tendance à l’admiration maternelle déplacée, j’aime me vanter de la beauté, du talent, de l’intelligence, de la simplicité, du naturel, du sourire ultra bright de mes alter ego. C’est donc pourquoi cet amour-ci, ce cadeau qu’OMVP et les ancêtres m’ont fait, que je tente de rendre humblement et avec gratitude, ne pouvait être gâché.

I « don’t wanna be saved » but I do need role models and I’m glad I met you cause you’re a lighthouse and no wonder everybody is so proud and in awe of you. (eh oui, j’écris en anglais quand j’ai honte d’être sirupeuse).

Et pour finir, voici une chanson de renaissance en hommage à Oshun, déesse de la prospérité et de la fertilité mais aussi aux pouvoirs purificateurs de l’eau du village parce que this is who we are… En attendant que nous nous mettions en formation et que notre sens de la persuasion permette d’ériger une nouvelle nation culturelle : I love you O and keep staying gracious as your best revenge is coming…

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